Depuis lundi matin, les élèves n'ont plus cours au collège Henri Barbusse de Vaulx-en-Velin. La
quasi totalité des cours ont été annulés, 90% des professeurs sont en grève et le principal a été retenu trois quarts
d'heure, mardi, par des enseignants furieux du manque de moyens prévus pour l'année prochaine. Chaque année
désormais, ils doivent se battre pour conserver les moyens spécifiques qui leur avaient été attribués pour réduire la
violence et tirer vers le haut le niveau scolaire de ce collège situé dans un quartier cumulant les difficultés sociales et
scolaires...
Le collège Barbusse est en zone "Ambition réussite" (auparavant en réseau d'éducation prioritaire). Il bénéficie de
dotations spécifiques pour compenser les handicaps, maintenir certains élèves à flot, rattraper ceux qui se noient, et
pousser tous les autres à nager plus loin qu'ils ne l'imaginaient. "Il y a dix ans, explique Denis Pourrat, professeur de
français, nous avions 45% seulement de réussite au brevet. Des dispositifs ont été mis en place et aujourd'hui nous
sommes à 80% de réussite." Des heures permettent par exemple en 6ème d'apprendre aux nouveaux élèves comment
faire leurs leçons, préparer leur cartable. D'apparentes évidences qui n'en sont pas dans certaines familles, très
éloignées du système scolaire. En 5e, d'autres heures aident les élèves dans leur travail personnel, ou permettent de
proposer des expérimentations scientifiques par petits groupes. Une orientation scientifique développée dans toute
la ville de Vaulx-en-Velin depuis une douzaine d'années. En 4e, où les décrochages sont fréquents, les élèves peuvent
choisir la matière ou le thème sur lequel ils ont besoin d'un renfort durant quelques semaines. Selon les enseignants,
tous ces dispositifs seraient aujourd'hui menacés par les restrictions horaires.
Au total, selon les grévistes, la dotation prévoit pour l'année prochaine une diminution d'une cinquantaine d'heures
sur le volume global hebdomadaire attribué à Barbusse. "Le calme est revenu. A présent que nos élèves sont installés
dans une dynamique de réussite, on nous supprime les moyens. Cela va à l'encontre de tous les discours tenus sur
l'éducation en banlieue", poursuit Denis Pourrat. L'inspection académique refuse de confirmer le chiffre. Selon elle,
rien n'est encore décidé, "il y aura des ajustements jusqu'en juin". Une première rencontre a eu lieu lundi 1er mars
avec l'inspectrice d'académie, qui doit réaliser des économies et aurait promis, selon les professeurs, un effort
supplémentaire en juin en fonction des besoins. "Ce n'est pas en juin que l'on prépare le projet pédagogique d'un
établissement comme celui-là", réagit Denis Pourrat. Surtout, les enseignants savent qu'il sera un peu tard, en juin,
pour obtenir les moyens nécessaires par le rapport de force.
L'inspectrice d'académie propose aussi de solliciter les fonds de la politique de la Ville pour continuer d'apporter au
collège les moyens spécifiques dont il a besoin. « Ici, disent les enseignants dans un communiqué, nous n'avons pas
vu passer le moindre centime des milliards annoncés par le très médiatique plan banlieue. »
Ils ont voté vendredi dernier une grève, effective depuis lundi matin. Puis hier matin, une nouvelle rencontre a eu
lieu à l'inspection d'académie. Une délégation a obtenu dans un premier temps la visite d'inspecteurs nationaux,
jeudi, afin d'auditer les besoins du collège, avant la décision. Mais la visite aurait ensuite été annulée dans la journée,
ce qui a renforcé la colère des enseignants. Ils ont alors retenu leur principal dans son bureau trois quarts d'heure,
jusqu'à obtenir une assemblée générale en présence de l'inspection académique et d'un représentant du rectorat. Ils y
exposeront une nouvelle fois les dispositifs spécifiques mis en place avec les heures supplémentaires dont ils
disposaient.
Ils s'inquiètent d'une éventuelle chute du calme et des résultats à Barbusse dans les prochaines années, s'ils ne
parviennent pas à se faire entendre. "Mais après tout, concluent-ils, ironiques, pourquoi un collège de banlieue ne se
contenterait pas d'un petit 50% de réussite au brevet des collèges ?"
Olivier BERTRAND