Le 30 juillet 2010 paraissait au Journal Officiel un décret mettant fin à la note des fonctionnaires, remplacée par un entretien professionnel. Aujourd’hui des projets de décrets et d’arrêtés viennent préciser les modalités d’application de cette réforme pour les personnels enseignants, d’éducation et d’orientation. Si on ne peut que se satisfaire de voir disparaître le procédé infantilisant et anti-pédagogique que pouvait représenter une note arbitraire, peut on pour autant se réjouir de ce qui nous attend ?





Entretien pro­fes­sion­nel

Nous subi­rons tous les 3 ans un entre­tien pro­fes­sion­nel conduit par le supé­rieur hié­rar­chi­que direct. Toutefois, celui-ci pourra également être conduit par un autre fonc­tion­naire dési­gné par l’auto­rité hié­rar­chi­que sans que le texte pré­cise les­quels (actuels IPR ? Chargés de mis­sions ? Préfets des études ? Membres du conseil péda­go­gi­que... ?).

Cet entre­tien sera l’abou­tis­se­ment d’un pro­ces­sus d’auto-évaluation (fli­cage volon­taire ?) sur la période de 3 ans. Il por­tera sur nos « capa­ci­tés à faire pro­gres­ser » : les élèves dans le cadre des « com­pé­ten­ces » (celles du LPC ?) de nos dis­ci­pli­nes en lien avec les pro­jets d’écoles ou d’établissements ainsi que « la qua­lité du cadre de tra­vail » ! Pour les per­son­nels non-ensei­gnants, cet entre­tien induit encore plus clai­re­ment l’obli­ga­tion de répon­dre de ses « résul­tats pro­fes­sion­nels obte­nus au regard des objec­tifs […] assi­gnés » avec pour but d’en fixer de nou­veaux pour les 3 ans à venir.

Ce projet de décret modi­fie les grilles d’avan­ce­ment. « Les caden­ces d’avan­ce­ment exis­tan­tes (au grand choix, au choix, à l’ancien­neté) sont rem­pla­cées par un rythme unique. L’avan­ce­ment accé­léré est orga­nisé par l’attri­bu­tion aux agents de mois de réduc­tions d’ancien­neté. Cette allo­ca­tion est modu­lée en fonc­tion des résul­tats de l’évaluation ». Ainsi, par exem­ple pour les cer­ti­fiés : « La répar­ti­tion des réduc­tions d’ancien­neté s’effec­tue sur une base annuelle de deux cent cin­quante mois pour cent agents du corps et dans la limite de : « 1° cinq mois de réduc­tions d’ancien­neté pour 30% de l’effec­tif du corps ; « 2° deux mois de réduc­tions d’ancien­neté pour 50% de l’effec­tif du corps « . Une nou­velle grille d’avan­ce­ment est mise en place pour chaque corps.

Notons au pas­sage que ce sys­tème va engen­drer des économies sub­stan­tiel­les au détri­ment de nos salai­res : gel de l’avan­ce­ment autre qu’à l’ancien­neté pen­dant la période tran­si­toire jusqu’à 2015 (date des pre­miers entre­tiens), allon­ge­ment de la durée de pas­sage à chaque nouvel échelon.

Une logi­que mana­gé­riale au détri­ment du péda­go­gi­que

Les supé­rieurs hié­rar­chi­ques qui ne sont pas les plus com­pé­tents dans le champ péda­go­gi­que et dis­ci­pli­naire, ne man­que­ront pas de s’appuyer sur les dis­po­si­tifs d’évaluation mis en place ces der­niè­res années. Ceux-ci, soi-disant dans l’inté­rêt des élèves, se révè­lent être de par­faits outils de fli­cage des per­son­nels, faci­lité par les sup­ports infor­ma­ti­ques (évaluations natio­na­les, LPC, B2i, cahier de texte en ligne...).

Cet entre­tien fera aussi la part belle à l’accep­ta­tion des ensei­gnants à coller aux pro­jets d’écoles ou d’établissements. Or ceux-ci émanant lar­ge­ment de la hié­rar­chie et sont sou­vent défi­nis sans véri­ta­ble concer­ta­tion avec les per­son­nels et ne sont que des copies du projet aca­dé­mi­que. Ils repo­sent sur des objec­tifs chif­frés qui n’ont pas for­ce­ment de sens péda­go­gi­que et sur les­quels nous n’avons pas com­plé­te­ment prise : taux d’absen­téisme, taux de réus­site aux exa­mens, vali­da­tion des items du socle commun... Une manière de nous tenir res­pon­sa­bles des échecs du sys­tème éducatif pour­tant lar­ge­ment dûs aux dif­fé­ren­tes poli­ti­ques de casse de ces der­niè­res années ?

Du point de vue de cette poli­ti­que minis­té­rielle, ces entre­tiens seront d’ailleurs un levier de pres­sion for­mi­da­ble pour nous impo­ser des reculs sur nos condi­tions de tra­vail (heures sup­plé­men­tai­res, stages pen­dant les vacan­ces …) ou péda­go­gi­ques (évaluations natio­na­les, socle commun...).

Mais alors à quoi sert vrai­ment cette évaluation ?


Si l’entre­tien pro­fes­sion­nel est pré­senté comme un moment pri­vi­lé­gié d’échanges entre l’ensei­gnant et son supé­rieur hié­rar­chi­que, il est bon de rap­pe­ler que les entre­tiens d’évaluation ont été, dans les ancien­nes admi­nis­tra­tions où ils ont été mis en place, un moyen de casser tous les acquis col­lec­tifs. En effet, il ne s’agit plus de réflé­chir en équipe, mais d’infan­ti­li­ser et d’isoler chaque per­son­nel, à qui on fait croire que les solu­tions se trou­vent auprès de son chef, qui aurait les « com­pé­ten­ces » pour l’aider à penser son tra­vail. Et cette méthode a fait ses preu­ves. Elle a déjà été mise en place à EDF, à La Poste ou à France Télécom avant la pri­va­ti­sa­tion de ces ser­vi­ces et chez les per­son­nels admi­nis­tra­tifs et ouvriers de l’éducation natio­nale (BIATOS). Avec le succès mana­gé­rial qu’on connait…

Travail en équipe ?

Cette évaluation est la néga­tion même du tra­vail en équipe : elle ren­voie à chacun la res­pon­sa­bi­lité (voire la culpa­bi­lité) indi­vi­duelle de ses réus­si­tes (si tant est qu’elles soient mesu­ra­bles) et de ses échecs. On ima­gine la tête des équipes quand cer­tains auront acquis plus de mois d’ancien­neté que d’autres après des entre­tiens que l’on peut crain­dre arbi­trai­res. La réus­site ne rési­dera plus que dans un devoir d’obéis­sance à des objec­tifs assi­gnés qui répon­dront rare­ment à des pro­jets pensés pour le tra­vail à effec­tuer direc­te­ment ou indi­rec­te­ment auprès des élèves.

Stress, angoisse, fli­cage, indi­vi­dua­lisme ren­forcé, …

Ne nous y trom­pons pas, l’entre­tien d’évaluation ne nous appor­tera rien, si ce n’est un moment pri­vi­lé­gié de stress et d’angoisse qui peu­vent même induire cer­tains com­por­te­ments comme la déla­tion envers cer­tains col­lè­gues. Qu’elle soit indi­vi­duelle ou col­lec­tive, cette évaluation des per­son­nes n’amé­liore en rien la qua­lité du tra­vail. Ce sont des pro­jets que nous pou­vons vali­der ou inva­li­der et pour les­quels nous pou­vons remet­tre en ques­tion nos pra­ti­ques à condi­tion que le cadre de tra­vail le per­mette. C’est à dire en pou­vant expri­mer ses dif­fi­cultés sans que cela n’ait de consé­quen­ces sur un avan­ce­ment ou une appré­cia­tion qui res­tera sub­jec­tive puisqu’elle dépend de l’évaluateur. Ce nouvel entre­tien indi­vi­duel est une pierre sup­plé­men­taire à l’entre­prise de fli­cage et d’infan­ti­li­sa­tion que l’éducation subit depuis ces der­niè­res années. C’est un véri­ta­ble « sys­tème qua­lité » qui est mis en place autour de nous, rédui­sant l’éducation à un ramas­sis de chif­fres pseudo ana­ly­ti­ques.

Pour un sys­tème col­la­bo­ra­tif !

Il est impor­tant aujourd’hui de se mobi­li­ser par la grève pour mettre en échec cette réforme mana­gé­riale et d’orga­ni­ser le refus de l’entre­tien dans les établissements pour les per­son­nels qui le subis­sent déjà.

A la place, la CNT Éducation reven­di­que l’ins­tau­ra­tion d’un sys­tème col­la­bo­ra­tif entre les col­lè­gues. Nous ne sommes pas ensei­gnants de droit divin et il est impor­tant de ne pas aban­don­ner les col­lè­gues avec les élèves sans aucune aide. Chacun pour­rait ainsi visi­ter d’autres ensei­gnants et dis­cu­ter de ce qui fonc­tionne bien ou moins bien et de trou­ver des solu­tions entre péda­go­gues (pra­ti­quants). L’éducation ne se résume pas à des chif­fres attes­tant de la vali­da­tion d’items, affir­mons la pri­mauté du tra­vail d’équipe face aux ten­ta­ti­ves de divi­sion ten­tées par la hié­rar­chie !

TOUS ET TOUTES EN GRÈVE LE 15/12/2011 Nous contacter :

CNT - Fédération des Travailleurs de l’Éducation
Téléphone : 06 26 50 01 36
mail : educ69@cnt-f.org
site : http://www.cnt-f.org/fte/



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