[Burkina Faso] interview de Bassolma Bazie, secrétaire adjoint de la CGT-B du Burkina Faso
Article du lundi 30 mai 2011
Pourrais tu, si tu en as le temps, faire le point sur la situation?
Je vous envoie en pièces jointes:
- les deux messages de la Coalition Nationale contre la Vie Chère, la fraude, l’impunité, la corruption et pour les libertés (CCVC) : Message du meeting du 19 mars 2001 et celui de la Marche-meeting du 8 avril 2011
- Le message de l’Unité d’Action Syndicale (UAS) du 1er mai 2011 à l’occasion du meeting. A ce niveau je vous fais remarquer que la manifestation n’a pas été annulée, mais c’est la marche qui devait avoir lieu avant le meeting qui a été annulée pour raisons de dispositions sécuritaires à renforcer. Mais les responsable syndicaux ont été avant le meeting remettre le cahier de doléances aux autorités au lieu habituel.
- La plate forme de la CCVC
- La plate forme du mouvement syndical en unité d’action syndicale
Comment peux-elle évoluer?
La situation est très précaire et tout pourrait arriver à tout moment. Pour preuves :
- d’abord, le président du Faso, Blaise COMPAORE, suite à la première rencontre avec les militaires étaient sorti déclarer qu’il pense que la crise est terminée ; sans même avoir rencontré aucune autre couche sociale. Cela était il de l’ironie ? De la suffisance ? Ou de l’arrogance à l’endroit des couches civiles et para militaires ? Quelques jours après c’est dans le palais présidentiel que la garde rapprochée a mutiné, l’obligeant à fuir à « Ziniaré ».
- Ensuite, un groupe de militaires présenté comme représentant la garde présidentielle a lu en avril une déclaration disant reconnaitre leur tort et qu’ils se repentissaient, et ont même demandé à cette occasion à leurs frères d’armes des autres garnisons de déposer les armes tout en s’excusant auprès de toutes les populations. Quelques temps après, c’est Blaise COMPAORE, Président du Faso lui-même et aussi ministre de la défense qui a eu à trinquer avec un groupe de militaires y comprise la hiérarchie militaire, par ce qu’ils auraient dit reconnaitre leur tort, donc s’engagent à se soumettre entièrement désormais à lui en tant que premier responsable de l’armée et que plus jamais de l’indiscipline en leur sein ne se manifestera (rencontre diffusée en pompe par la presse). Voilà qu’après ces engagements solennels, hier dimanche 15 mai 2011, dans la ville de Pô, là où il y a le centre de formation des officiers, des commandos et des éléments de la même garde présidentielle, des tirs nourris ont maintenu en veille les populations pour des réclamations de la même nature : Que des promesses non tenues par la hiérarchie. Blaise COMPAORE étant leur ministre de la défense et en même temps président du Faso.
- Enfin, dans cette situation où les dirigeants ont perdu toute crédibilité et à tous les niveaux, la parole donnée peut-elle avoir de la place ? Par conséquent peut-on s’aventurer à jouer au devin ? De toute façon, j’avais prédit cette situation d’instabilité pendant mes conférences à la CNT en mai 2010, vu le comportement aventuriste de l’équipe COMPAORE depuis le coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987 dans lequel le Capitaine Thomas SANKARA et ses compagnons ont péri.
Penses-tu que les manifestations d'écoliers vont continuer?
Présentement, les autorités ont dans leurs tiroirs la plate-forme unitaire des syndicats de l’éducation secondaire, supérieure et de la Recherche que sont :
- La Fédération des Syndicats Nationaux des Travailleurs de L’Education et de la Recherche (F-SYNTER), dont je suis militant et qui est aussi membre de la Confédération Générale du Travail du Burkina (CGT-B) ;
- Le Syndicat National des Enseignants du Secondaire et du Supérieur (SNESS).
Le nouveau ministre des Enseignement Secondaire et Supérieur, Monsieur Albert OUEDRAOGO, (président d’une association le TOCCIN), nommé dans le cadre de cette crise, au lieu de rencontrer les acteurs de l’éducation, notamment les syndicats, il se promène actuellement rencontrer des chefs traditionnels pour se faire « bénir ». Et pourtant des risques de blocages des examens de fin d’année se profilent à l’horizon si cette plate-forme n’est pas satisfaite. C’est à se demander s’il sait pourquoi il a été nommé ? Dans ces conditions, me serait-il opportun et sage de m’aventurer dire que les manifestations d’écoliers ne continueront pas ? Surtout que concernant les élèves eux-mêmes, leurs dossiers pendants n’ont pas encore trouvé solutions : Dossiers de crimes de sang, textes juridique de la police des universités non annulés, les franchises universitaires, l’exigüité des infrastructures, les questions de restauration et de logement, de bourses, d’aides etc.
- Du reste, les élèves de Koudougou étaient encore sortis hier lundi 16 mai 2011, pour protester contre les résultats officiels de l’autopsie sur Assad OUEDRAOGO qui aurait été abattu à bout portant par un policier pendant les manifestations scolaires à Koudougou en février. La conclusion de l’autopsie étant : « La blessure ayant provoqué la mort est incompatible avec une arme à feu. Elle peut être provoquée par un gourdin ou un caillou » (voir Observateur paalga numéro 7882 du mardi 17 mai, à la page 10). Ce matin Lundi 17 mai, ce sont les élèves du Lycée Philippe Zinda KABORE, le plus grand établissement secondaire du Burkina Faso qui sont dans la rue, revendiquant le renouvellement des dirigeants de l’Association des Parents d’Elèves, qui sont inamovibles depuis des années, sans renouvellement. Il est donc difficile de prévoir uns fin des manifestations scolaires dans cette situation, surtout avec des dirigeants menteurs et falsificateurs.
Quelles est la position de la CGT-B par rapport au nouveau gouvernement ?
- D’abord la position de la CGT-B celle de la CCVC et de l’Unité d’Action Syndicale qui consiste a réaffirmé que la crise est structurelle, c’est une crise de système, par conséquent elle dépasse le cadre d’un gouvernement qui soit-il ; puisque le gouvernement vient appliquer la même politique d’injustice, de mal gouvernance, de pillage, de corruption, de coquins et de copains etc ;
- Ensuite, c’est un gouvernement policier donc de répression au vu de sa composition : Chef de l’Etat lui-même garde la défense en tant que militaire ; retour de Djibril BASSOLE qui a expulsé Robert Menard du Burkina Faso en 2000 sur la recherche des assassins de Norbert ZONGO et de ses compagnons ; Les ministères de l’agriculture, des sports etc sont occupés par des militaires ;
- Enfin, ce n’est pas la première qu’au détour d’une crise Blaise COMPAORE a changé de gouvernement ; du reste ceux-ci sont toujours restés avec le même dénominateur commun : Mensonge, suffisance, arrogance, dilatoire, malversations diverses et aussi et surtout le zèle de servir les puissances impérialistes en réprimant les travailleurs et leur populations les obligeants à se taire, se terrer et se nourrir que de leur misère etc.
Quelles est la position de la CGT-B face à ses mesures et annonces?
Ces mesures ne sont que du dilatoire ; c’est juste des mesures pour faire baisser la tension, le temps de trouver des tactiques d’isolement des couches sociales solidaires et emprunter de plus belle sa stratégie de répression. La CGT-B se fait et se fera les siennes les perspectives de la CCVC et de l’UAS et aussi et surtout l’expérience du peuple Burkinabé à travers la sensibilisation, la mobilisation et l’action pour une libération réelle des masses laborieuses du joug de l’exploitation et de la répression.
comment se positionnent les militaires?
L’armée Burkinabé est mature, respectueuse et courageuse. Même certaines formes de leurs manifestations de ces derniers temps sont discutables, les revendications dans leur fond sont légitimes. En effet, certains gradés dans la hiérarchie militaire au service de la famille COMPAORE ne fait honneur de leur comportement à l’armée et de ce fait ne sont point des qualités référentielles pour les troupes : malversations diverses, immoralités, détournements, officiers affairistes et menteurs etc. Aussi, les militaires qui manifestent sont pour certains en contact avec ces dirigeants, en tout cas pour ceux qui assurent leur sécurité ; ils voient donc de façon larmoyante comment certains gradés et rejetons vivent injurieusement dans l’indécence. Toujours est-il que nous, nous avons confiance en notre armée et à nos forces de sécurité, par ce que certes elles peuvent se tromper à travers des débordements de certains éléments mais elles ont toujours su se ressaisir quant à la protection des populations qu’elles ont le devoir sacré de protéger.
Quelles sont les perspectives de luttes?
Conférence de presse, Assemblées Générales, Marches Meetings à l’horizon. Nous continuons sur l’information, la sensibilisation, la mobilisation et la pression pour la satisfaction de notre plate-forme. La lutte continue !











