La CNT salue la libération le jeudi 12 janvier 2010 du secrétaire général de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités), Gérard Jodar, ainsi que la remise en liberté des autres militants syndicalistes de l’USTKE.
Gérard Jodar, tout comme l’USTKE, subissent depuis quelques mois une répression féroce de l’état colonial français en Kanaky. Gérard Jodar était emprisonné depuis le mois de juin, suite à une action syndicale menée dans le cadre d’un conflit social au sein de la société Air Calédonie.
Depuis cette date, l’USTKE n’a cessé de revendiquer la libération de ses camarades emprisonnés, en particulier lors d’une grève générale de 10 jours en août 2009.
Lors de son incarcération au Camp-Est (seule prison de Kanaky), Gérard Jodar s’est rendu compte des ignobles conditions de détention que subissent les emprisonnés, il a ainsi pu dresser un bilan précis de ce qui se passe dans les geôles d’une colonie française.
Nous continuerons à soutenir nos camarades de l’USTKE dans leur lutte pour la libération de tous les syndicalistes encore emprisonnés en Kanaky, ainsi que dans leur lutte pour la libération du peuple kanak.
Vive l’USTKE !
Michael, CNT 69
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extrait d'une lettre de Jodar après sa libération :
Le bagne calédonien : l'exemple français dans le Pacifique
Le Camp-Est est le seul centre pénitentiaire de Nouvelle-Calédonie. Il
est
conçu pour 192 détenus et en héberge actuellement 425.
Il se décompose en 6 structures :
· La maison d'arrêt pour les femmes qui date de peu et qui
accueille 8 détenues logées individuellement.
· La centrale pour les jeunes qui est en cours
d?agrandissement
et
surpeuplée.
· La centrale pour les adultes qui purgent de longues peines
surpeuplée aussi.
· Le dépôt pour les peines supérieures à un an également
surpeuplé.
· Le centre de semi-liberté où il n'y a plus de place pour
dormir
y compris parterre.
· Et enfin la maison d'arrêt pour les hommes où je suis détenu
et
qui est la structure la plus surpeuplée actuellement à 282 %.
Dans cette maison d'arrêt, nous sommes 5 et plus souvent 6 par cellule
de
13 m2 . Il y a 3 lits superposés d?un côté et 2 de l'autre. Ces lits
sont
fabriqués en tube d'acier carré et boulonnés aux murs. Le sixième
détenu
dort parterre entre les deux colonnes de lits.
Le sol de la cellule est en béton ce qui rend l'entretien difficile et
ne
facilite pas l'hygiène.
Il y a un w-c à la Turc que nous utilisons aussi comme douche à l'aide
d'un bidon en plastique en prenant l'eau de la chasse d'eau. Accroché
au
muret qui cache une partie du w-c, se trouve un bac en béton de 85 cm
de
long pour 50 cm de profondeur.
Tout le linge des prisonniers reste dans leurs sacs, sous les deux
lits
du
bas, par manque de place.
Pour éclairer la cellule, il n'y a qu'une ampoule encastrée dans un
trou
du mur au dessus de la porte. Pour la lumière du jour, il y a un trou
avec
des barreaux, sans fenêtre située à 2 mètres de hauteur dans le mur
opposé
à la porte. Ce trou mesure 1,48 m de long par 50 cm de haut. La
lumière
tant extérieure qu'intérieure est donc très faible d'autant qu'un mur
d'enceinte est proche des cellules.
Il y a un téléviseur de 36 cm posé au dessus de l'armoire métallique
vissée au mur.
Il n'y a qu'une seule prise de courant que nous ne pouvons pour ainsi
dire
pas utiliser car le réseau électrique est défaillant et disjoncte
souvent
à la moindre consommation électrique. C'est ainsi qu'on nous refuse
les
bouilloires électriques qui pourtant seraient pratiques pour préparer
le
café, le thé ou des soupes.
Pour terminer, un ventilateur est accroché au mur dans les cellules
mais
pas toutes. Il faut savoir qu'actuellement l'été arrive et il va faire
entre 35 et 40 degrés ce qui fait que nous sommes obligés de dormir
torse
nu et à l'air libre alors que nous sommes envahis par les moustiques,
les
souris et les cafards, cafards que nous retrouvons parfois dans nos
plateaux repas.
A six dans une cellule, nous disposons donc de 3,80 mètres carrés pour
circuler, à six ? Ceci est impossible et oblige tout le temps 2 à 3
d'entre nous à rester couchés sur nos lits car nous ne pouvons pas non
plus nous asseoir dessus ces lits étant verticalement séparés de 60 cm
.
Les promenades commencent le matin à 6h30 pour la première pour se
terminer à 16h pour la dernière. Elles durent ½ heure le matin et ½
heure
l'après midi car dans la maison d'arrêt pour 196 détenus répartis en 4
blocs, il n'y a que 2 gardiens. Cela dit, nous avons tout de même
sport
le
lundi, mercredi et vendredi matin pendant 1h30, ce qui fait que ces
jours
là, nous sommes enfermés dans la cellule pendant 22 heures sur 24 au
lieu
des 23 tous les autres jours.
Pour la nourriture, en dehors du fait que c'est toujours la même chose
et
parfois immangeable on nous donne de l'eau chaude, des sachets de
café,
sucre et thé, le matin à 5h30, pour le repas de midi, il nous est
donné
dans la cellule entre 10h30 et 10h45 et celui du soir entre 16h30 et
16h45. Ces repas se résument à une barquette inox contenant le plat
principal et un fruit, un gâteau sec ou un yaourt. Comme je l'ai dit
plus
haut à plusieurs reprises, nous avons trouvé des cafards, des
chenilles
et
même un bout de caoutchouc dans le plat principal.
Enfin pour les visites, nous ne disposons que de 2 visites d'une demi
heure par semaine alors que le code de procédure pénale, le guide du
prisonnier de l'OIP et le recueil « droits et devoirs de la personne
détenue » du Ministère de la Justice diffusé et applicable depuis
janvier
2009 stipulent que les prévenus doivent avoir au minimum 3 visites par
semaines. En nombre de visites nous sommes donc en deçà de la loi et
pour
le temps de visite minimum légal.
J'ai saisi officiellement la direction du Centre Pénitentiaire en leur
demandant de respecter la loi et les directives du Ministère mais à ce
jour rien n'a changé.
Sachez aussi qu'il n'y a aucune structure de formation permettant une
réinsertion efficace des jeunes ce qui fait que beaucoup d'entre eux
entrent en prison pour de petits délits, s'endurcissent pendant leur
détention et à leur sortie deviennent des petits caïds.
Depuis 5 mois que je suis là, j'en ai vu sortir un bon nombre qui est
revenus pour de nouveaux faits quelques jours ou semaines plus tard.
A peu près 97 % de la population carcérale sont des jeunes kanaks et
pour
des faits identiques, j'ai remarqué que ces jeunes sont plus
facilement
et
plus lourdement condamnés. Je doute franchement de l'indépendance de
la
justice ici chez nous.
Pour ce qui concerne, l'accès aux soins, il y a un médecin et deux
infirmiers. Le médecin est là les jours ouvrables et un infirmier
passe
les jours non ouvrables pour les soins uniquement. Un dentiste vient 2
fois par semaine ce qui fait que les patients attendent au minimum 2 à
3
mois pour être reçus.
Le Camp-Est est une prison d?un autre temps, délabrée, construite il y
a
plus d'un siècle. Je pense que certains blocs de détention ont été
construits avec des matériaux qui renferment de l'amiante ce qui est
le
cas d'une majorité de monuments de cette époque.
Nous détenons le record de France d'évasions avec 14 depuis début
2009.
Ceci ne me choque pas car les détenus dont la famille est dans le Nord
ou
les îles n'ont presque jamais de visites. Aucune cabine téléphonique
n'est
mise à disposition au moins pour ces détenus. Je m'étonne d'ailleurs
qu'il
n'y ait pas plus de suicides.
[...]
Il y a un peu plus de 70 gardiens, effectif théorique car dans la
pratique
avec les congés, les arrêts maladie dus souvent au stress il n'en
reste
que 45 à 50 pour gérer 24h sur 24 plus de 420 détenus. Certains
dimanche,
il n'y a eu dans le Camp-Est que 4 gardiens, un pour 100 détenus,
invraisemblable et pourtant vrai. Beaucoup de gardiens, dont certains
de
mon syndicat n'aspirent qu'à une seule chose, être mutés dans une
autre
administration. Ils sont totalement démotivés.
Pour ce qui me concerne je ne vais pas rester ici une éternité mais je
crains beaucoup pour tout le monde que ce soit détenus ou gardiens.
Il faut dans les plus brefs délais apporter des changements radicaux,
faute de quoi on va à la catastrophe. Maintenant que je connais la
réalité
du Camp-Est, je vais me battre pour faire changer les choses.
Je vous remercie d'avoir pris de votre temps pour lire ce petit état
des
lieux de la prison qui à mon sens aujourd'hui se classe à la dernière
place des prisons dites françaises. La patrie des droits de l'homme
n'a
vraiment pas de quoi être fière de ce qu'elle fait ici dans notre
Pays.
Gérard JODAR
Président de l'USTKE
Détenu au Bloc 1 Cellule 4
Centre Pénitentiaire de Nouméa