[CNT Education 69] Écoles, collèges, lycées : un an de lutte
Par CNT69, mercredi 17 juin 2009 à 16:26 :: CNT Education :: #84 :: rss

Ces six derniers mois ont été, dans le Rhône, une course en avant pour construire un mouvement capable d’empêcher les réformes visant à détruire le système éducatif de la maternelle à l’université. Cette construction s’est faite en plusieurs étapes et avec l’implication de personnes d’horizons très divers. Il n’en reste pas moins que six mois après la grève du 20 novembre, les victoires sont maigres voire inexistantes au vu des nouvelles avancées du ministre sur deux réformes phares (les jardins d’éveil et la réforme des lycées).
Le 20 novembre : seule journée de grève nationale de l’année !
Si la première manifestation du 20 novembre était prometteuse tant en terme de mobilisation des personnels que de revendications, elle n’a été suivie d’aucune autre journée nationale pour l’éducation (les collectifs ont bien tenté de créer des mobilisations nationales, mais la FSU s’est toujours refusée à appeler à la grève ces jours-là, or le poids du syndicat majoritaire est malheureusement encore très important au niveau des enseignants). Le mécontentement visible ce 20 novembre n’a ébranlé ni le ministère ni les centrales syndicales qui n’ont, à aucun moment, appuyé les demandes répétées de nouvelles journées de grève. Parallèlement, dès ce mois de novembre, différents secteurs ont compris l’importance de s’organiser en collectifs locaux. Ces collectifs regroupant syndiqués, non-syndiqués, professeurs du primaire, du secondaire et parents d’élèves ont été un lieu d’application d’une démocratie directe où chacun a pu apporter sa contribution aux débats et décisions. Au plus fort de cette longue lutte, des collectifs nouvellement créés ou plus anciens ont ainsi rassemblé de 60 personnes (pour Vénissieux, Croix Rousse, etc.) à 150 personnes. Ces collectifs ont impulsé des actions variées, telles que des manifestations locales, des nuits des écoles, des soirées de débat, des blocages d’IEN, des distributions de tracts. Elles ont d’ailleurs trouvé l’adhésion d’une partie assez large de la population.
Des collectifs locaux à l’assemblée générale nationale :
la question de la légitimité et la difficulté des prises de décisions Dans la même volonté de faire participer toutes les personnes mobilisées, dès le 20 novembre, une AG départementale a eu lieu à l’initiative des syndicats afin de débattre des suites du mouvement. Si lors de cette AG les personnes venues de différents secteurs géographiques ont pu se réunir, il a fallu d’autres AG pour faire admettre que ce lieu de discussion était un espace où chaque personne avait sa place et où les collectifs représentés étaient en droit de prendre des décisions, d’appeler à la grève ou à des actions avec ou sans le soutien des syndicats majoritaires (comme la grève 10 mars).
Cette période de luttes aura également vu la création de l’AG nationale qui s’est tenue pour la première fois en janvier à Villeurbanne. Si une trentaine de départements ont participé à l’une des quatre AG nationales, de grandes disparités dans l’état de la mobilisation sont apparues. De nombreux départements n’ont pas construit la mobilisation, attendant un signe des syndicats majoritaires. Finalement la tenue de ces AG, importantes pour coordonner au niveau national les tentatives de construction d’un mouvement de grande ampleur, s’est heurtée à des difficultés liées aux différentes réalités des départements, à la difficulté de mobiliser à long terme et à l’idée que, finalement, cette AG n’avait pas la légitimité à proposer des actions plus radicales. Les décisions prises lors de ces AG montrent souvent une volonté de ménager notre image auprès du grand public quitte à laisser de côté des modes d’action plus radicaux. Informer c’est essentiel, gagner c’est vital !
Il est certain que des actions avec et à l’attention des parents d’élèves — dont l’implication a été exceptionnelle — et de l’opinion publique étaient indispensables. Elles ont souvent (en particulier dans le Rhône) donné lieu à des discussions, des prises de conscience et un soutien fort d’une partie importante de la population. Cependant, cette nécessité d’informer les parents ne devait pas exclure le fait d’utiliser la grève comme moyen d’action. C’est en effet par une grève plus dure et plus longue qu’un vrai rapport de force aurait été établi, seul capable de faire avancer nos revendications et faire enfin reculer le gouvernement sur sa casse programmée du service public d’éducation.
D’autres types d’actions ont été menées : le gel ou la suspension de l’aide personnalisée, les lettres de désobéissance; mais aucune n’a permis de pérenniser et d’amplifier l’esquisse d’un mouvement dont les bases étaient lancées en novembre.
À l’issue de ces six mois de luttes, aucune de nos revendications n’a été gagnée de façon durable. Cependant, ce mouvement a permis d’apprendre à construire des outils indispensables à travers les collectifs, les coordinations départementales et nationales et a surtout montré la nécessité absolue de passer par la grève pour gagner sur nos revendications.
Éduc 69
Extrait du Combat Syndicaliste n°340 de juin 2009
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