Comme tous les deux ans depuis une décennie, ministres de l’Enseignement supérieur, syndicats étudiants « représentatifs » (pour la France c’est l’Unef) et entrepreneurs se sont réunis, cette année en Belgique, dans la continuité du processus de Bologne (1999). Résultant du tournant dit « réformateur » des années 80, impulsé par l’European Round Table of Industrialists (ERT), premier lobby industriel européen, le processus de Bologne a pour objectif de préparer les facs à entrer sur le marché mondial des universités et de la recherche. 46 pays y sont engagés, et ce, sans aucun débat public, oeuvrant activement à la réalisation du but de la stratégie de Lisbonne : faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010 » (Relever le défi - La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi, dit Rapport Kok, novembre 2004). Dans cette logique, « l’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique » (rapport de l’ERT, 1995), et « les enseignants ne sont plus indispensables à la formation tout au long de la vie ; des prestataires de services éducatifs feront l’affaire » (rapport de l’OCDE, 1998). Sous couvert d’harmonisation des cycles d’étude, facilitant le caractère européen des diplômes, ce processus incite les Etats à une harmonisation des modes de financement du service d’éducation : le mot clé est celui d’ « autonomie » des établissements, à savoir un partenariat des universités avec des entreprises, selon le modèle anglosaxon. L’horizon est donc une hiérarchie financière des universités, entraînant, de fait, celle des diplômes qu’elles délivrent. Cette « autonomie » est le coeur de la loi LRU qui détruit actuellement l’enseignement supérieur public en France : suppression des postes de fonctionnaires, casse du statut des enseignants chercheurs, externalisation de la main d’oeuvre d’entretien, développement des filières les plus rentables aux dépens des autres. S’ajoute à cette transformation structurelle radicale, le credo qui se veut garant d’une éducation de qualité à la sauce Bologne : l’évaluation systématique des travailleurs.

Or, l’éducation ne peut se réduire à la mathématique d’une chaîne de montage : refusons la loi LRU, et son origine européenne, le processus de Bologne ! refusons la commercialisation des services publics !

Sup/recherche 69

Extrait du Combat Syndicaliste n°340 de juin 2009

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