La crise serait une fatalité, une sorte de catastrophe naturelle, style tsunami, face à laquelle on ne peut que s’adapter, essayer de limiter les dégâts, tous unis, riches et pauvres sur le même bateau, dans une même détermination…Ou alors, deuxième version, c’est la faute à quelques-uns, une minorité de financiers, des pas honnêtes, qui font la honte à une corporation honorable.

Le pire, c’est qu’on y croit. Et que nos syndicalistes respectables, sensés parler pour nous et nous guider, parce que plus malins que nous, y croient aussi. Ou alors, ils font semblant… Pourtant, cette crise, ce n’est pas un épiphénomène, une perversion d’un système naturellement vertueux. Cette crise, c’est un épisode logique d’un système global qui place comme valeur suprême la concurrence, la réussite individuelle, et tant pis pour qui crève en route.
Cependant, un autre futur est possible : ce que des hommes ont bâti, en vue de leur intérêt personnel, des hommes peuvent le détruire, en vue de l’intérêt de tous.
Les richesse appartiennent à tous et non à quelques privilégiés qui ont le fric. Parce que tous les produisent, et non quelques nantis. Les richesses doivent être partagées entre tous ici (en Europe) et là-bas (en Afrique, par exemple), puisque ici et là-bas, ce sont les mêmes qui nous exploitent. C’est curieux, quand même, on nous parle de la nécessaire concurrence, des lois économiques, de la grandeur de la France. Rien que des abstractions .



Et pas un mot pour tous ceux, nos compagnons, qui, ici et là-bas, crèvent de misère, et qui eux sont bien réels.
D’autres individus, bien réels aussi luttent pour défendre leur emploi et, au-delà, leur dignité. Parce que le mépris grossier de Sarkozy et de ses potes, grands patrons et banquiers, ça ne fait plus rire.
Parce que, dans ces luttes, on fait l’expérience de notre force collective et de notre créativité. Et que peutêtre on est amené à penser et à sentir que tous ces guignols qui nous embrouillent avec leurs chiffres et leurs discours incompréhensibles, on peut peut-être s’en passer et construire, ensemble une autre société. Sans demander à l’État de nous défendre ; il n’est pas là pour ça, il est là pour défendre le désordre en place, éventuellement en fournissant des placebo qui feront mieux avaler la pilule et, si nécessaire, en sacrifiant médiatiquement quelques « brebis galeuses » qui, soyons rassurés, s’en sortiront mieux que les licenciés de leurs entreprises. Sans faire non plus confiance aux leaders syndicaux, permanents qui de ce fait sont maintenant du même monde que ceux avec qui ils négocient. On nous avait dit que le système est trop complexe pour que nous puissions le gérer. Et nous nous apercevons que cette complexité est, pour une grande part construite pour nous embrouiller et, qu’après tout, on peut vivre et penser autrement.
Ici et maintenant, des luttes se mènent un peu partout ou se sont menées, en Guadeloupe ou ailleurs. Les modalités en sont décidées en assemblées générales et non par les bureaucraties syndicales.
Ici et maintenant, dans ces luttes concrètes, des hommes et des femmes font l’expérience de ce que peut être demain, l’autogestion, un futur qui ne soit pas celui, catastrophique, qu’on nous présente comme inéluctable. Ici et maintenant nous pouvons expérimenter le monde qu’entrevoyaient déjà les travailleurs de jadis : de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.


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